Le phénomène Minembwe à l’est du Congo : la version de l’histoire selon le « vainqueur » du moment

Le terme phénomène accolé à Minembwe est à considérer sensu lato (au sens large) en opposition à sensu stricto (au sens strict) : un fait observé susceptible d’étude scientifique, quelque chose d’anormal, de monstrueux ; exceptionnel.

La seule version des faits, qui soit possible sur Minembwe, et qui de ce fait serait porteuse de sens ; de tout ce qui se raconte sur Minembwe, une entité territoriale constituée à côté de Uvira (Kivu, l’est du Congo), c’est le clairon joué par Ruberwa. Si ce n’est pas par lui, c’est le discours de Moïse Nyarugabo Muhizi Mugeyo. Une vidéo de Nyarugabo circule sur le Net. En peu de mots, elle résume l’essentiel du message que sa « communauté » adresse à la nation congolaise. Le même message répond aussi au besoin de consommation pour l’extérieur.

Je ne parle pas encore du contenu du message délivré par ces deux individus. Le discours de Ruberwa et Nyarugabo, qui se confond à la vérité, produit un « effet d’accordéon » : « Il se gonfle ou se dégonfle […] et ce gonflement et dégonflement s’accompagnent d’effet de sens », mais qui n’est toujours pas questionné par le Congo officiel. La tendance qui se profile tient à ce que toute réalité sur Minembwe ne se construise qu’à partir de ce que disent Dupond et Dupont, à savoir Ruberwa et Nyarugabo.

Cependant, d’autres « officiels » congolais qui se prononcent sur la question de Minembwe, parmi ceux qui sont censés représenter l’État au Congo, du moins dans la version de ce qui reste de l’État congolais, ne se limitent qu’à lancer un appel à la paix, un appel à l’entente, à l’harmonie entre différentes ethnies « voisines » de Minembwe Mais les raisons pour lesquelles la paix est recherchée sont tues, elles restent de l’ordre de l’inconnu ; des langues se lient, c’est un mystère et un silence total qui s’impose. Ce qui nous fait dire qu’au Congo, de manière générale et à Minembwe, il n’y aurait « harmonie » que quand les propos de Nyarugabo et de Ruberwa font office de vérité, de justice. Tout le contraire dans ce cas est chimérique, voire impossible.

Madame Marimba Ani, dans sa critique de la structuration culturelle de la pensée occidentale (l’Utamawazo, en swahili) résume cet état des choses en ces termes : « “l’harmonie” est à tort ramenée à l’ordre rationnel, un ordre fondé sur le mécanisme du contrôle. Ce que Platon accepte comme “harmonieux” est atteint lorsque l’élément “positif” de la dichotomie [ou ce qui est représenté comme tel ; ici Ruberwa et compagnie] prend le contrôle (ou détruit) l’élément/phénomène/entité négatif » [les Babembe et les Fulero de Minembwe, des autochtones congolais qui sont délaissés ; ils comptent à peine. Et contre toute intimidation, ils restent debout et ils se battent, armes à la main], (Dr Marimba Ani, Yururgu, une critique afro-centrée de la pensée et des comportements culturels européens, trad.fr., p. 36). En effet, Il n’y aurait justice à Minembwe que quand les Tutsis, les pro-Kagame contrôlent et gèrent les Congolais et Minembwe. C’est une nouvelle épistémologie (habitude mentale), dont la particularité est d’endormir la raison, si pas de l’anéantir chez des troupeaux congolais.

Croyant faire passer la pilule de leur trahison et de la collaboration avec Paul Kagame, des Congolaises et Congolais répètent à tue-tête que les États-Unis soutiennent le Congo. Malheureusement, ce type de propagande se reproduit chaque fois que la situation du Congo s’escarpe. Et quand les énergies « nouvelles », ayant saisi le sens de la mutation que connaît le monde actuellement, cherchent à connaître la nature de l’alliance supposée avec les USA, ils s’entendent répondre que « Bokomesana ».

Au mois de mai 2019, les chefs notables de Kalonge et de Bunyakiri ont révélé la présence de 5 300 rebelles rwandais lourdement armés dans le Sud-Kivu. Depuis, c’est le silence radio. Aucune voix ne s’élève pour parler de rapatriement. Alors, c’est de quelle alliance on parle au Congo avec les USA ? On apprend également, et toujours dans la région du Kivu, que « L’USAID finance un nouveau projet de validation des sites miniers au Kivu ». Le Congo dit avoir sollicité un soutien militaire des USA pour éradiquer les groupes armés appuyés par le Rwanda ; et lesquels pillent les minerais et tuent à l’est du Congo. Cherchez alors l’erreur.

Mais de quel soutien on nous parle au Congo ? Les jours vont passer, des mois aussi. Demain, ce sont des années qui se compteront, année après année. On risque de se réveiller un bon matin, et par paresse et sous l’effet de dialelo, de chants glorieux et à la gloire de… Et se rendre compte que Mobutu est finalement resté plus de 32 ans à la tête du pouvoir-os au Congo ; et que c’est sa maladie qui a décidé de son renvoi par ses maîtres. LA question, c’est pourquoi servir toujours de marche pied aux autres, pourquoi prendre toujours part dans l’agenda politique des autres, alors qu’aujourd’hui, avec la mutation actuelle du monde, « l’heure de nous-mêmes a sonné ».

Mufoncol Tshiyoyo, MT,
Les nationalistes émergents, LNE

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